vendredi 21 décembre 2012

Trois mois plus tard...

Un adage juif d’Europe centrale dit qu’« on ne peut être à moitié enceinte » ; c’était bien avant que la politique ne devienne un métier à plein temps.

Il y a trois mois, presque jour pour jour, sur ce blog, je rappelais en quels termes fut libellée, fin janvier 1981, la dernière partie de la quatre-vingtième proposition du candidat Mitterrand : « Droit de vote des étrangers aux élections municipales après cinq ans de présence sur le territoire français ». Et en quoi consistait, il y a moins d’un an, le cinquantième « engagement pour la France » du candidat Hollande : « J’accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans ».

Officiellement, à gauche - hormis quelques chevènementistes à l’échine aussi souple que celle de leur mentor - nous serions tous d’accord, ce ne serait qu’affaire de méthode : modifier la Constitution, réunir le Congrès à Versailles, atteindre le quorum de 3/5 des voix. Des voix, il en manquerait une quarantaine : entre la poire et le fromage, reste donc à convaincre, un à un, un nombre suffisant de modérés, centristes et autres hésitants.

Le Premier ministre ne semble pressé ni de se lancer dans un processus parlementaire où il n’est pas assuré d’avoir la majorité, ni de rallumer un débat identitaire qui ferait, selon l’expression usée jusqu’à la corde, « le jeu du Font national » ; attendons, prêcherait-t-il en petit comité, d’avoir une vraie chance, donnons du temps au temps. Depuis un tiers de siècle qu’on en parle, un an ou deux de plus ou de moins...

Ô surprise, le Parti socialiste, par la voix de son Premier secrétaire et celle de son Président de groupe à l’Assemblée, se fait tout à coup plus péremptoire : que le Congrès se prononce vite, qu’il vote la loi ou, s’il ne la vote pas, que tout le monde voie c’est à cause de la droite ! A la bonne heure, mais... ne serait-ce pas là un jeu de rôles ? Y aurait-t-il deux lignes au PS ? A la tête de celui-ci, est-on sincère et déterminé, ou s’agit-il d’une mise en scène devant aboutir encore une fois à un projet de loi fantôme, errant entre Assemblée et Sénat ? 

Et le Président de la République dans tout cela ? Depuis son élection, on ne peut dire qu’on ait assisté, sur ce sujet, à beaucoup de démonstrations d’enthousiasme de sa part.

Point de procès d’intention : présider la France est moins simple que jamais. Mais tout de même : entre la PMA pour les couples de même sexe, la nationalisation temporaire de Mittal, le droit de vote des étrangers non-européens, que veut, que pense au juste le Chef de l’Etat ? Est-il Salomon ? Ponce Pilate ? Machiavel ? Est-il toujours ce manœuvrier hors pair qui sut durer onze ans à la tête de PS, au prix de majorités de congrès bricolées sur des courants qui s’entredéchiraient encore deux heures avant ? Est-il - Corrèze oblige - un avatar du petit père Queuille, à qui l’on prêta, apocryphe ou non, cette phrase fleurant bon les banquets radical-cassoulet de la IVème : « Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne puisse résoudre » ?

Nous ne devrions pas tarder à le savoir : ce temps politique n’est plus exactement celui où l’on pouvait encore « donner de temps au temps  ».

jeudi 20 décembre 2012

La gauche, Depardieu et les trois centimes

Attardons-nous moins sur l’affaire Depardieu que sur ce qu’elle dit de nous-mêmes.

C’est entendu : Gérard Depardieu doit beaucoup à la France, en premier lieu à la fiscalité nationale, au système de subventions qui permet la bienfaisante « exception culturelle » de notre cinéma, celui qui, entre tous en Europe et dans le monde, de très loin, est le plus et le mieux aidé fiscalement par l’Etat. A peine sorti du lumpenproletariat de Châteauroux, lorsqu’il n’était rien - ou pas grand-chose - Depardieu a sûrement profité, et son talent le justifiait, de l’avance sur recettes. Si l’on ajoute à cela le système, extrêmement généreux, de l’assurance-chômage des intermittents du spectacle, la France a fait gagner et économiser beaucoup d’argent à Depardieu ; lequel, en retour, au fil des années, a rapporté, autour de lui, beaucoup d’argent à beaucoup de gens. Et des emplois, des vrais.

Sans qu’il soit nécessaire, comme tout ce qui cabotine avec plus ou moins de légèreté et de désintéressement sur la place de Paris, d’abuser des effets de manche ou de plume, à l’instar de ceux qui trouvent surtout, grâce à « Gégé », l’occasion de faire parler d’eux-mêmes, on ne peut que désapprouver l’attitude d’un homme rendu à la caricature de soi. Maladroit plutôt que malhonnête, vaniteux et blessé, outrecuidant mais pourtant vulnérable, qui plus est, sarkozyste - mais cette faute de goût n’est pas un crime, que l’on sache - voilà qu’il semble redevenir à 64 ans, le jouisseur amoral des « Valseuses » de sa jeunesse pour qui tout s’achète et se vend, y compris les patries, jetables au gré de son intérêts ou de ses plaisirs. De la part de ce Danton, de ce Dantès, de ce Cyrano, de ce Jean Valjean qui n’auraient ainsi été qu’autant de rôles de composition grassement monnayés, on eût aimé plus de panache et d’altruisme !

Pour autant, on se gardera d’applaudir aux épithètes et mercuriales utilisées par le Premier ministre, puis par quelques membres du gouvernement, que l’on croyait a priori plutôt choisis pour agir sur le cours des choses que pour commenter les faiblesses d’un histrion boursouflé, pathétique, mais que l’on n’arrive pas à détester. Ceux qui, dans leur vie professionnelle, ont fréquenté les multinationales américaines - non, cher Arnaud Montebourg, je n’en fais pas des exemples à suivre - savent qu’il est d’usage de pratiquer à tout niveau des règles simples n’ayant, semble-t-il, point cours dans les plais nationaux : « are you contributing to the problem or to the solution ? » ou encore : « If you’ve got nothing to say, silence works. »

S’agissant de l’épisode Depardieu, qui est en lui-même de peu d’importance mais révélateur d’un malaise - indéniable, que cela plaise ou non - à propos de la fiscalité française, après la séquence Bernard Arnault ou celle des « pigeons », quiconque se frotte un peu aux réalités extra-hexagonales le sait : un tel « bras d’honneur » à l’Etat, monnaie courante là où ce dernier est faible, vacillant ou méprisé - Belgique, Italie - voire indigent ou inexistant - Grèce, Roumanie - relève en France du sacrilège. C’est pourquoi je souscris aux paroles d’apaisement et de rassemblement - habileté corrézienne ou sagesse élyséenne, peu m’importe - délivrées par le Président de la République, qui préfère rendre hommage à ceux qui paient beaucoup d’impôts en France, à des taux qui, pour être extrêmement élevés, le sont pourtant moins qu’aux USA au temps du New Deal. En 1932, avant que Roosevelt ne s’installe au pouvoir, le taux de l’impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches était de 25%. Le Président élu décida de le porter immédiatement à 63%, puis 79% en 1936, 91% en 1941, niveau qui s’appliqua jusqu’en 1964 ! Et le Secrétaire US au Trésor, Henry Morgenthau Jr., de déclarer en 1937 : « les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée. Trop de citoyens veulent la civilisation au rabais. » A méditer.

Au fond, l’anecdote Depardieu n’est peut-être pas si fâcheuse pour la gauche, du moins pour l’idée que je me fais de celle-ci. Pourquoi ?

Je me suis exprimée longuement, au cours des dernières semaines, sur le mariage pour tous et sur le vote des étrangers, en soutenant sans réserve l’un comme l’autre projet et en rappelant, dans ce dernier cas, le Chef de l’Etat à ses engagements de candidat. Or, on voit bien que la gauche, en ce moment, est en quête éperdue de marqueurs politiques autres que les débats sociétaux, qui, pour importants qu’ils soient, parlent peu à l’électorat populaire et semblent parfois agités comme autant de diversions, après les pas de clerc ou les rodomontades face à Mittal, à PSA, à Sanofi, à Petroplus. De ce point de vue, on le sait, l’égalitarisme et le bon vieux mot d’ordre de Georges Marchais, devenant lui aussi sa propre caricature - « faire payer les riches » - font encore florès.

Et voici justement qu’une quinzaine de députés et élus socialistes viennent d’écrire au Président de la République pour lui demander de modifier son cap, afin de répondre à « l'aspiration légitime des salariés et des ouvriers modestes à améliorer leurs conditions de vie matérielles ». « Salariés et ouvriers modestes » nombreux aujourd’hui, s’il faut en croire les enquêtes d’opinion, à se tourner vers le Front national.
« Le scepticisme croissant des couches populaires et moyennes... nous invite à hiérarchiser notre action, car elles attendent d'abord des réponses fortes sur le terrain du pouvoir d'achat et de l'emploi », disent-ils. « Si nous souscrivons à l'objectif de redressement des comptes publics et de la compétitivité de nos entreprises poursuivi par le gouvernement, nous pensons qu'il faut l'accompagner de la mise en place de la grande réforme fiscale annoncée par François Hollande pendant sa campagne », expliquent les signataires. Il s’agit, selon eux, de « restituer du pouvoir d'achat aux millions de salariés qui subissent la stagnation salariale et la difficulté croissante à boucler les fins de mois, à mettre de l'essence dans le réservoir, à payer le loyer ou les études des enfants ».
Voilà la plate, grise et terne vérité ; que Gérard Depardieu campe au-delà ou en-deçà de la frontière franco-belge n’y change rien. Le Ministre du travail, prompt à dénoncer dès dimanche dernier la « déchéance personnelle » du pachydermique exilé, a en même temps annoncé pour le premier janvier une revalorisation « juste et mesurée » du SMIC de... 3 centimes de l’heure. Indubitablement, pour être « mesuré », c’est mesuré, et le futur ex-Secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a pu à bon droit se demander comment il était possible, sérieusement, d’annoncer et de défendre une « hausse » de cet ordre. En juillet dernier, lorsque le même SMIC avait été augmenté de 2%, Jean-Luc Mélenchon avait parlé d’un gain équivalant à un carambar par jour. Cette fois, ce serait à peine le prix du papier ayant servi à l’emballer. Et les heureux bénéficiaires, eux, ne songeront pas à s’expatrier.


jeudi 6 décembre 2012

Le pouvoir, pour quoi faire ?

Le monde politique, qu’un nombre croissant de Français tient en piètre estime, a passé ces dernières semaines à aggraver son cas. Ne nous attardons pas sur le grotesque « Labiche à l’UMP » avec indignations et contritions feintes, claquements de portes, amants du placard, cocus en recherche de paternité ; rien n’y aura manqué, pas même - rôle de composition s’il en fût - Sarkozy en arlésienne !
Dans ce Dallas de carnassiers et de « mecs qui en ont », on se gargarise de victoires internes, de triomphes d’appareil. Rien ne compte plus que de contrôler clients, sicaires et obligés, de maîtriser fédérations, réseaux, cagnottes, investitures, de constituer une armée à sa solde, en route vers ce qu’on n’ose plus appeler la magistrature suprême.

Seulement voilà : à l’heure de la transparence, de l’information en continu et de l’aspiration à plus de sobriété et de proximité, cet appétit, aussi boulimique qu’anachronique, pour les signes extérieurs du pouvoir ne passe plus.

Il passe d’autant moins qu’aujourd’hui, jouir du pouvoir et de ses prérogatives ne signifie plus qu’on dispose encore des moyens d’imposer sa volonté, même si, comme la gauche aujourd’hui, on « tient » à la fois l’Elysée, Matignon, l’Assemblée nationale, le Sénat et presque toutes les régions. Peut-être cette apparente omnipotence accentue-t-elle l’illusion selon laquelle il suffirait encore à un Etat, aussi impécunieux soit-il, de claquer des doigts pour agir et obtenir ? Cette illusion, PSA et Florange ont fini de la dissiper, aux antipodes de ce que l’on se croyait tenu de promettre il n’y a pas si longtemps, quand il s’agissait de se porter candidat à la candidature ou de gagner l’élection présidentielle.

Le plus gros danger qui pèse sur le gouvernement - celui-ci comme le précédent - nous fûmes servis, pendant cinq ans, jusqu’à l’indigestion - c’est le sentiment d’impuissance que ne dissipent ni les moulinets ni les imprécations. On croirait pour un peu - je m’adresse aux anciens - réentendre Pierre Dac et Francis Blanche : « Vous pouvez le faire ? Oui ! Il peut le faire, et on l’applaudit ! ». Si la menace de nationaliser Lakshmi Mittal - « arme de dissuasion massive », selon le ministre du Redressement productif - était réelle, pourquoi ne pas l’avoir énoncée dans le huis-clos d’une réunion, plutôt qu’à la « une » d’un quotidien économique ? Si l’accord finalement trouvé avec des gens présentés la veille encore comme des bandits de grand chemin était à ce point honorable, pourquoi avoir prudemment attendu que le « 20 heures » soit terminé pour l’annoncer sans en dévoiler une ligne ? Dans un cas comme dans l’autre : com’ et contre-com’, pour flatter l’opinion, fuir son regard ou faire diversion.

Nous sommes, hélas, moins loin qu’il n’y paraît de la pantalonnade UMP, car c’est la politique elle-même qui se trouve, encore un peu plus, rabaissée au niveau d’une bruyante figuration. Attention, car cette impuissance mortifère, de plus en plus mal dissimulée par l’enflure ou le parler tiède, conduit à la désespérance, au divorce et au mépris ! Nous ne sommes plus très loin du « Que se vayan todos ! » emprunté aux Argentins par Mélenchon. Et encore, s’il n’y avait que lui...

Prenons les ministres de l’économie successifs ; de droite comme de gauche, ils semblent ne plus être que des professionnels de l’optimisme, agents d’ambiance préposés au moral des troupes : depuis les « fondamentaux », invariablement « bons » jusqu’à la « croissance » qui « repart », en passant par la «  consommation » qui « résiste », le « pouvoir d’achat » qui « augmente », le «  chômage » qui « recule » - et quand il ne recule pas, c’est de la faute des autres - pour ne point parler des « bouts du tunnel », « clignotants au vert », « repreneurs fiables » et autres « plans B », quelle prise sur le réel ont-ils ? Qu’ont-ils à proposer ? Qu’attendent-ils pour écouter la société, réfléchir, imaginer, conceptualiser, proposer aux jeunes une vision de la France, du monde et de l’avenir ? Ils apprendraient que la vraie vie des gens est à la fois plus simple et plus complexe qu’une synthèse du Parti socialiste à quatre heures du matin. Étrange schizophrénie : eux qui, pour la plupart, twittent à longueur de journée, font toujours de la politique comme au milieu du siècle dernier et ne semblent pas s’apercevoir - sauf quand on y dit du bien d’eux - que pullulent depuis longtemps sur la toile réseaux sociaux, blogs, forums, chat rooms, débats citoyens.

Bien sûr, nous rêvons tous d’un pouvoir politique qui, sans se croire tenu de bomber le torse, reprendrait la main face aux multinationales carnivores et aux actionnaires cupides, qui ferait rendre gorge aux « patrons-voyous », au « néo-libéralisme » sans foi ni loi, aux aigrefins de la banque, aux forbans de la finance, aux forces obscures tapies dans des paradis fiscaux, aux Chinois, aux Qataris, que sais-je... Sauf que les Trente Glorieuses et le Commissariat au Plan sont loin, ils ne reviendront pas ; l’Etat ferait mieux de se reconcentrer modestement sur des missions à sa hauteur, comme celles - je parle de ce que je connais - dont il se défausse aujourd’hui sur les bénévoles, les associations 1901, les fondations à but humanitaire : accueillir, éduquer, soigner, protéger les plus faibles.

Au fond, peut-être n’étaient-ils pas sans fondement ni pertinence, cet « ordre juste » prôné par une Ségolène Royal bravant naguère le mépris des « éléphants », ou cette société du « care » qu’avait tentée de définir Martine Aubry - s’inspirant de Hume, d’Adam Smith, des féministes américaines et des « spin doctors » de Tony Blair - suscitant ricanements et soupirs apitoyés, un éditorialiste réputé lui décernant même un « grand prix de la nunucherie ». Dans un cas comme dans l’autre, il est vrai, ce n’étaient que des femmes.

jeudi 22 novembre 2012

"Mariage pour tous" : les choses sont pourtant simples !

Les religions sont légitimes en France. Elles ont le droit d’avoir une opinion sur quelque sujet que ce soit, mais on ne saurait admettre, dans une République dont l’un des piliers est la laïcité, qu’elles prétendent imposer leur point de vue en matière de mariage civil.
Mais, ne tombons pas dans le piège tendu par ces Tartuffes de toutes confessions. L’attaque que subit le mariage pour tous s’inscrit, en effet, dans une stratégie qui le dépasse : imposer et justifier la présence d’une parole religieuse au cœur d’un débat sociétal ; mettre sur le même plan l’instituteur et le curé. On sait quelles dérives expose cette confusion des genres là.
Cependant, l’attaque est aussi au service d’une tactique politicienne : faire passer pour des faveurs accordées à des minorités, des réformes courageusement menées au nom de la tolérance, de l’équité et de la dignité... pour tous.
Je n’ai pas d’objection à ce que le Premier ministre reçoive, avec déférence ou componction, évêques, imams et rabbins et à ce qu’il les écoute poliment. Pourvu que son gouvernement fasse ce qu’il a promis : proposer au Parlement le texte sur le mariage pour tous.

Pour tous, car les Droits de l’Homme, qui sont au fondement de notre République, sont universels ; ils prennent en compte, chez des êtres différents, ce qui les unit : la condition humaine. Autrement dit, l’extension d’un droit à ceux de nos concitoyens qui en sont privés s’inscrit aux antipodes du communautarisme, car c’est précisément en refusant que s’applique le droit commun à une partie de la population qu’on relègue celle-ci au rang de communauté. Et il est pour le moins paradoxal, au moment même où l’on convoque à tout bout de champ les valeurs de la laïcité afin de contenir les religions dans la sphère privée, qu’on commence par rassurer les évêques, les rabbins, les imams sur un sujet qui, osons le dire, ne les concerne pas !
Car, il s’agit ici d’un projet de loi de la République sur le mariage civil. Ce qui n’a rien à voir avec le débat de 1984 sur l’école privée, où une implication de l’Église dans la contestation d’une réforme touchant à l’organisation et au financement de ses établissements scolaires pouvait se concevoir ! Le mariage religieux n’a jamais été en cause, les églises pourront continuer à marier, ou à refuser de marier, qui elles veulent ! À contrario, si l’on peut en effet soutenir le mariage pour tous ou s’y opposer, on ne peut accepter l’idée qu’il appartiendrait aux églises, aux cultes, aux religions, de faire le tri entre ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas convoler en mairie ! D’autant moins que l’Église et l’État sont loin d’avoir les mêmes règles en matière de divorce et de remariage !

Les plus jeunes peinent à me croire, mais c’est le 27 juillet 1982 seulement que l’Assemblée nationale, à majorité socialiste, a voté la dépénalisation de l’homosexualité ! Classée jusque-là parmi les fléaux sociaux, au même titre que la toxicomanie ou l’alcoolisme, elle ne sera retirée de la liste des maladies mentales de l’OMS que neuf ans plus tard, en 1991. En trente ans, « malades » et « pervers » seront passés de l’ostracisme à la tolérance, de la reconnaissance à l’indifférence.
Les mentalités changent, les sociétés progressent, la loi évolue. Encore heureux ! Si tel n’était pas le cas, où en serions-nous du vote des femmes, du divorce, de l’IVG, de la contraception ? C’est dans le mieux-être quotidien qu’elles nous apportent – et non dans une ancienneté dont on ferait vertu – que les institutions trouvent leur justification.
L’instauration du Pacs, voté en 1999 sous le gouvernement Jospin, avait reconnu légalement le couple homosexuel, mais l’avait exclu du droit à l’adoption et à la famille. L’actuel projet de loi met fin à cette discrimination et assure une meilleure sécurité pour le conjoint ; il permettra de régulariser de nombreuses situations, incertaines et douloureuses. Il donnera une double filiation aux enfants qui ont un seul parent biologique et un parent « social ». C’est déjà le cas dans des pays aussi différents que la Suède, l’Espagne ou la Belgique.

Le plus étonnant des paradoxes n’est-il pas que le mariage, tombé en désuétude auprès de larges pans de la société hétérosexuelle, se trouve aujourd’hui réinvesti émotionnellement par les couples homosexuels ?
Voilà qui me fait penser à ce dessin montrant deux ecclésiastiques en train de manifester ; chacun brandit une pancarte, sur l’une: « à bas le mariage gay ! » ; sur l’autre : « vive le mariage triste ! ». Dédié aux quelques braillards imbéciles et brutaux qui se sont distingués de la façon que l’on sait, dimanche dernier, sur le pavé de Paris.

jeudi 25 octobre 2012

Mendès France parmi nous

Discours prononcé, le 18 octobre 2012, lors de la Commémoration du 30ème anniversaire de la mort de Pierre Mendès France.

Lorsqu’au début de 1957, je me présente - pour la deuxième fois de ma vie - rue du Conseiller Collignon, au domicile de Pierre Mendès France, je suis tout autant envahie par le trac, que je l’étais lors de ma première visite, deux ans plus tôt, juste après la chute de son gouvernement, ce « miracle de courte durée » de 232 jours. Cette fois, je suis venue lui parler de mon projet de « Centre d’éducation politique des futurs électeurs ».

De toute son autorité morale, Mendès France soutiendra mon projet ; grâce à lui et à Hubert Beuve-Méry, alors directeur du « Monde », auprès de qui Mendès m’a recommandée, ce centre verra le jour et rencontrera immédiatement un succès inespéré ; l’engagement de quelques-uns des jeunes qui le fréquenteront et l’animeront avec moi ne sera pas pour rien dans la naissance, quelques mois après, du journal « Après-demain ».

Cinquante-cinq ans plus tard, pensant à Mendès France et à sa conviction de toujours pouvoir dire sans crainte la vérité à une opinion éclairée, exigeante comme elle doit l’être dans un État démocratique, aurai-je l’outrecuidance de vous dire qu’« Après-demain », avec son aspect austère, sa mise en page sans fioritures, son langage sans facilités, invitant à l’effort et à la réflexion, serait, quant à lui, une sorte de « miracle de longue durée ? » Une anomalie, assurément, à l’ère du net, du buzz, du tweet, de la com’, des petites phrases, de l’info lyophilisée et de l’actu prémâchée.

« II faudrait être bien inattentif pour croire que l'action de Pierre Mendès France fut limitée aux quelque sept mois et dix-sept jours passés de juin 1954 à février 1955 à la tête du Gouvernement de la République. » Ainsi commençait l’hommage prononcé dans la cour d’honneur de l’Assemblée nationale, il y a trente ans, par François Mitterrand. Modestement, notre journal s’efforce d’en témoigner, tant il vrai que l’histoire et l’esprit d’Après-demain auront été, au long de ces décennies, marqués par la personne, enrichis par les écrits, façonnés par la pensée - claire, pédagogique, aux antipodes d’une démagogie qu’il avait en horreur - de Mendès.

Fondamentalement honnête, Pierre Mendès France vouait un attachement indéfectible au bien public, à la justice sociale, aux valeurs émancipatrices d’une République qu’il aimait avec passion, convaincu qu’elle seule était apte à permettre le développement des individus, et en particulier des jeunes ; rien ne le préoccupait plus que l’amélioration de leurs chances de formation au sein de l’école laïque, que la préparation de leur insertion professionnelle, afin d’en faire des citoyens complets, avertis, engagés dans la vie du pays.

Il notait ainsi : « L’État doit orienter ses décisions en fonction de l’avenir, en fonction des jeunes. Il doit les associer à la préparation de ses décisions de manière à être assuré qu’ils ne méconnaissent pas les intérêts du lendemain. Ainsi, il ramènera les jeunes à la confiance en un régime qui doit être fait pour eux. Hélas ! Il n’en est rien aujourd’hui et trop de jeunes se détournent – et comme on les comprend ! – d’un régime qui les ignore et les néglige ». Propos qui, dirait-on, n’ont pas vieilli et qui auraient pu se retrouver presque mot pour mot dans le numéro d’Après-demain paraissant ces jours-ci : il est entièrement consacré à la jeunesse.

Les jeunes, la citoyenneté ! Une priorité, une interrogation, une angoisse aussi, constamment partagées avec Mendès. Mon premier éditorial, en novembre 1957, commençait par ces lignes : « Comme un enfant qui joue avec la serrure d’une portière dans un rapide en marche, agit l’électeur ignorant, inconscient des dangers qu’il porte en lui-même ; incapable de comprendre les problèmes de l’Etat, faute de connaissances, il est vulnérable aux propagandes démagogiques par manque de réflexion et d’information... Il abandonne son pouvoir à une poignée de professionnels que son indifférence libère des scrupules, et pour justifier ce manque de civisme, il se met à mépriser ce qu’il a lui-même rendu méprisable. »
Ce constat pourrait, me semble-t-il, être dressé dans les mêmes termes aujourd’hui ; il suffirait d’y remplacer « rapide » par « TGV » !

Voilà à peine un an, j’en avais étonné plus d’un en titrant, dans les colonnes du journal, une courte contribution : « Mendès France, plus que jamais », en écho à l’admirable texte de Pierre Joxe - « Pourquoi Mendès France » - publié quelques mois plus tôt ; or, depuis l’élection du nouveau Président de la République, voilà qu’est de retour dans le glossaire politico-médiatique le « mendésisme », terme que Mendès n’aimait pas et qu’il nous priait de ne pas employer. C’est parce que la pensée de Mendès France n’est pas une doctrine, mais une éthique – encore un terme galvaudé de nos jours – qu’elle n’a pas vieilli, qu’elle a survécu à la disparition de l’homme qui l’avait incarnée.

Si Mendès France nous manque, me manque - car après tout, c’était du bonheur de le savoir tout simplement là, vivant, avec nous, en même temps que nous - nous continuons, à « Après-demain », après plus d’un demi-siècle de compagnonnage avec cet homme d’honneur et de devoir, avec cette pensée clairvoyante et courageuse, à nous inspirer de ce que Mitterrand avait appelé « sa foi et sa méthode » : sa foi, la République, sa méthode, la vérité.

Mendès, disait encore Mitterrand en ce jour d’octobre 1982, fut « un de ceux dont on sait, dans la nuit et dans l’incertitude, qu’ils ouvrent le chemin ». À ce chemin qu’il a ouvert, à ce sillon qu’il a tracé, tout de rectitude et de probité, nous nous efforçons, mon équipe et moi-même, de nous tenir encore aujourd’hui.

mercredi 24 octobre 2012

L'ombre d'un doute

Pour tenter de combattre par la loi les méfaits établis ou présumés du Bisphénol A, perturbateur endocrinien soupçonné d’accroître les risques d’une multitude de maladies, notre ami Gérard Bapt, médecin-cardiologue, député de la Haute-Garonne - que les lecteurs d’Après-demain connaissent bien* - n’aura pas été avare de ses talents de pédagogue ; tout récemment encore, il s’exprimait sur ce dossier à l’antenne de RTL.

Le texte initial qu’il a déposé et fait adopter par l’Assemblée nationale - à majorité de droite - en octobre 2011, prévoit que les produits destinés aux enfants de moins de trois ans devront être exempts de toute trace de Bisphénol A dès 2013 ; le Sénat vient de le suivre sur ce point. Hélas, l’interdiction prévue dans l’ensemble des contenants alimentaires, prévue pour le 1er janvier 2014, est repoussée au 1er juillet 2015. À cette date seulement, tous les dispositifs médicaux destinés aux femmes enceintes et aux nourrissons, devront avoir éliminé tout perturbateur endocrinien ou composé cancérogène, en premier lieu le BPA, lequel devra alors avoir été remplacé par d’autres molécules. C’est l’un des arguments invoqués pour octroyer à l’industrie un délai supplémentaire de 18 mois. Ce genre de tartufferie ne trompe pas grand monde : selon Dominique Gombert, directeur de l’évaluation des risques à l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), pas moins de 73 substituts possibles au BPA sont déjà identifiés ! 

« Le report à 2015 est une décision sage », s’est pourtant empressé de commenter le Vice-président de l’Union des industries chimiques (UIC). Vraiment ? Rappelons précisément ce qu’est le Bisphénol A, dont on trouve trace - selon une étude publiée dès 2005 dans la revue officielle américaine Environmental Health Perspectives - dans les urines de 95% de la population occidentale : présent dans les boîtes de conserve, les canalisations d’eau, les papiers thermiques (tickets de caisse), les canettes ou encore les résines dentaires, ce perturbateur hormonal est largement utilisé depuis la fin des années 1950 par l’industrie du plastique et a tendance à migrer, à faibles taux, dans la nourriture ou les boissons. Il est suspecté d’augmenter les risques de nombreux troubles et pathologies (cancers hormono-dépendants, obésité et diabète sucré, maladies cardio-vasculaires, etc.). Sans oublier les conséquences biologiques mises au jour par la majorité des études financées sur fonds publics : altération du système reproducteur des rongeurs et des glandes mammaires des femelles, action sur le système nerveux (neurotoxicité), perturbations du système immunitaire, changement du comportement socio-sexuel des animaux, puberté avancée chez les femelles, etc. De nombreux effets survenus après exposition fœtale ou néonatale se manifestent pendant la vie des animaux et perdurent tout le reste de celle-ci.

Si j’ai pris soin de souligner le financement sur fonds publics, c’est bien pour mettre en évidence une conséquence des manœuvres dilatoires de l'industrie : le hiatus préoccupant entre le monde de la recherche académique et la plupart des agences de sécurité sanitaire**.
Au milieu des années 2000, 115 études sur les effets de faibles doses de BPA sur des animaux de laboratoire ont été publiées. Parmi elles, 104 étaient financées par des fonds publics ou des universités, 11 avaient été commandées par des industriels. Parmi les premières, 94 études détectent des effets biologiques significatifs, 10 n’y parviennent pas. Quant aux travaux sponsorisés par l’industrie, aucun d’entre eux ne parvient à mettre en évidence le moindre effet ! Comme l’a souligné Frederick vom Saal, professeur de biologie à l’Université du Missouri, « L’industrie est parvenue à remporter un extraordinaire succès en finançant et en faisant publier un petit nombre d’études qui ne trouvent jamais rien. Et ce petit nombre d’études parvient à fabriquer du doute et à créer de l’incertitude. Cela permet de créer de la controverse là où il n’y en a pas et, en définitive, de dire : avant de réglementer, il faut faire plus de recherche, nous avons besoin d’encore dix ans ». La sagesse, probablement.
 
Catastrophe de Fukushima, toxicité probable des OGM, scandale du Mediator, procès de l’amiante, surmortalité des abeilles, prolifération des algues vertes causée par les nitrates d’origine agricole (mais, comme il y eut les « députés du vin », il y a, paraît-il, à présent les « députés du cochon »)... Tout, dans cet inventaire désolant, concourait à l’adoption d’un texte sans finasseries ni concessions. J’ai eu l’honneur d’appartenir moi-même à la haute assemblée et rien ne m’a autant passionné que de « faire la loi », au nom de la République et du peuple français - et d’eux seuls. L’épisode du Bisphénol A me laisse l’ombre d’un doute.



*Références :
Gérard Bapt, « Comment faire évoluer la politique de santé ? », Après-demain, n° 20, 4ème trimestre 2011.
Gérard Bapt, « Le médicament profit », Après-demain, n° 22, 2ème trimestre 2012.

**Référence :
François Eisinger, « Les experts médicaux, entre éthique personnelle et enjeux financiers », Après-demain, n° 22, 2ème trimestre 2012.

mardi 25 septembre 2012

Trente et un ans et demi, ça suffit !

Créteil, 24 janvier 1981 : à la tribune du Congrès extraordinaire du Parti socialiste, j’entends Pierre Joxe annoncer d’un ton égal que François Mitterrand est investi, avec près de 84% des voix, comme candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle. Ce jour-là, Lionel Jospin devient Premier secrétaire. Il le restera sept ans. Ce jour-là aussi, sont ratifiées les 110 propositions du candidat François Mitterrand [Voir : Françoise Seligmann, Les socialistes aux portes du pouvoir (T.1) 1974-1981 et Les socialistes au pouvoir (T.2) 1981-1995, Éditions Michalon, 2005] ; l’un de ses deux principaux rédacteurs - avec Jean-Pierre Chevènement - m’est proche à bien des égards ; rencontré quinze ans plus tôt auprès de Mendès-France, il a longtemps occupé, au siège du PS, le bureau en face du mien : il s’appelle Pierre Bérégovoy.
Ces 110 propositions seront décisives dans le succès du candidat de la gauche et du Parti socialiste aux législatives qui suivront : passage progressif aux 35 heures, cinquième semaine de congés payés, augmentation du smic, retraite à 60 ans, prix unique du livre, abolition de la peine de mort, contraception gratuite, indépendance des magistrats, abrogation de la Cour de sûreté de l’État, égalité de droits avec les nationaux pour les travailleurs immigrés en matière de protection sociale, de chômage, de formation continue... Autant d’engagements tenus. La dernière phrase de la quatre-vingtième proposition est ainsi libellée : « Droit de vote des étrangers aux élections municipales après cinq ans de présence sur le territoire français ». 31 ans et 9 mois plus tard, ce droit n’est toujours pas accordé.

À sa manière, largement héritée des bons pères du 104, rue de Vaugirard, Mitterrand tiendra tout de même à l’évoquer à nouveau dans sa « Lettre à tous les Français » d’avril 1988 : « La Grande-Bretagne, les Pays-Bas, les pays scandinaves sont même allés jusqu’à reconnaître à leurs immigrés un droit de regard - par le vote - sur des décisions politiques locales ou nationales. Même si je sais que vous êtes, dans votre grande majorité, hostiles à une mesure de ce genre, je déplore personnellement que l’état de nos mœurs ne nous la permette pas ».
Résultat : deux septennats et toujours rien, ou, plus exactement, ce qui est devenu un serpent de mer de la vie politique française. En 2000, l’Assemblée nationale... de gauche vote une proposition de loi accordant ce droit de vote : Lionel Jospin, Premier ministre, renonce à la transférer au Sénat... de droite. Début décembre 2011, un nouveau texte en ce sens est adopté par le nouveau Sénat... de gauche ; il n’est pas transmis à l’Assemblée nationale... de droite. Ce vaudeville de patronage prêterait à sourire si le sujet n’était pas sérieux, si nous n’étions pas là, très exactement, à l’une de ces bornes-frontière qui marquent la limite entre ce qu’est la droite et ce qu’est ou devrait être la gauche.

Tout au long de sa campagne, François Hollande a mis en avant une conception de la citoyenneté, héritière de la Révolution française et de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Le cinquantième de ses « 60 engagements pour la France » est ainsi énoncé : « J’accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans ». Ayant l’impression d’avoir déjà lu cela quelque part, j’estime qu’il faudrait ajouter à cette condition de séjour, l’exigence d’une claire adhésion aux principes républicains, c’est-à-dire, à la laïcité.
Le candidat socialiste avait eu le courage de ne pas abonder dans le sens d’un Sarkozy associant immigrés, musulmans, délinquants, étrangers - ces étrangers qui paient l’impôt et qui sont souvent eux-mêmes les parents de citoyens français. Ce même Sarkozy qui, naguère, parlait ainsi - bon sens ou duplicité - des immigrés : « à partir du moment où ils paient des impôts, où ils respectent nos lois, où ils vivent sur notre territoire depuis un temps minimum, par exemple cinq années, je ne vois pas au nom de quelle logique nous pourrions les empêcher de donner une appréciation sur la façon dont est organisé leur cadre de vie quotidien ».
 
La peur du Front national et la contrainte d’une majorité de 3/5 au Congrès, ne peuvent constamment servir d’arguments pour que cette réforme nécessaire soit mise sous le coude ou considérée comme une revendication anecdotique. Les ratiocinations constitutionnalistes ne tiennent pas : oui ou non, le Parlement est-il aujourd’hui de gauche ? Quant au référendum... Qu’on imagine la 53ème proposition de 1981 - « abrogation de la peine de mort » - soumise à la vox populi d’alors !
J’ai cette conviction, forgée par l’action quotidienne, concrète, à la tête de ma Fondation : la non-participation des parents aux élections influence la décision des plus jeunes - qui, eux, peuvent voter - de s’inscrire ou non sur les listes électorales. Contrairement à ce que d’aucuns prétendent, le droit de vote des étrangers est une mesure de justice et d’équité qui contribuera à la lutte contre le communautarisme : c’est l’inégalité de traitement entre les élus, les « élites » et le peuple qui favorise une organisation communautarisée de la société ! La République est assez forte pour ne pas céder aux peurs attisées de tous côtés !

Il y a quelques jours, j’entendais l’éditorialiste politique de France Inter, Thomas Legrand, souligner que « le nouveau ton de François Hollande [avait] bien une paternité : Pierre Mendès-France ». Présumant qu’il s’agissait là d’un compliment, je me suis souvenue de cet épisode peu connu que Pierre Joxe nous avait rappelé, il n’y a pas longtemps, dans les colonnes d’« Après-demain », à propos des Jeux Olympiques de Berlin, en 1936 :
« Cette année-là, en Europe et en France, les démocrates hésitaient à participer à des Jeux organisés par Hitler, qui allaient donner une publicité au nazisme alors triomphant et déjà menaçant. La gauche française hésitait. Finalement, sur la participation française, un vote eut lieu à la Chambre des députés. Les députés socialistes et communistes choisirent de… s’abstenir, craignant de ne pas être compris par… les amis du sport.  Un seul député de gauche refusa cette lâcheté et vota contre. Un seul : Pierre Mendès France ».

Y a-t-il à ajouter ?