Le monde politique, qu’un nombre croissant de Français tient en piètre estime, a passé ces dernières semaines à aggraver son cas. Ne nous attardons pas sur le grotesque « Labiche à l’UMP » avec indignations et contritions feintes, claquements de portes, amants du placard, cocus en recherche de paternité ; rien n’y aura manqué, pas même - rôle de composition s’il en fût - Sarkozy en arlésienne !
Dans ce Dallas de carnassiers et de « mecs qui en ont », on se gargarise de victoires internes, de triomphes d’appareil. Rien ne compte plus que de contrôler clients, sicaires et obligés, de maîtriser fédérations, réseaux, cagnottes, investitures, de constituer une armée à sa solde, en route vers ce qu’on n’ose plus appeler la magistrature suprême.
Seulement voilà : à l’heure de la transparence, de l’information en continu et de l’aspiration à plus de sobriété et de proximité, cet appétit, aussi boulimique qu’anachronique, pour les signes extérieurs du pouvoir ne passe plus.
Il passe d’autant moins qu’aujourd’hui, jouir du pouvoir et de ses prérogatives ne signifie plus qu’on dispose encore des moyens d’imposer sa volonté, même si, comme la gauche aujourd’hui, on « tient » à la fois l’Elysée, Matignon, l’Assemblée nationale, le Sénat et presque toutes les régions. Peut-être cette apparente omnipotence accentue-t-elle l’illusion selon laquelle il suffirait encore à un Etat, aussi impécunieux soit-il, de claquer des doigts pour agir et obtenir ? Cette illusion, PSA et Florange ont fini de la dissiper, aux antipodes de ce que l’on se croyait tenu de promettre il n’y a pas si longtemps, quand il s’agissait de se porter candidat à la candidature ou de gagner l’élection présidentielle.
Dans ce Dallas de carnassiers et de « mecs qui en ont », on se gargarise de victoires internes, de triomphes d’appareil. Rien ne compte plus que de contrôler clients, sicaires et obligés, de maîtriser fédérations, réseaux, cagnottes, investitures, de constituer une armée à sa solde, en route vers ce qu’on n’ose plus appeler la magistrature suprême.
Seulement voilà : à l’heure de la transparence, de l’information en continu et de l’aspiration à plus de sobriété et de proximité, cet appétit, aussi boulimique qu’anachronique, pour les signes extérieurs du pouvoir ne passe plus.
Il passe d’autant moins qu’aujourd’hui, jouir du pouvoir et de ses prérogatives ne signifie plus qu’on dispose encore des moyens d’imposer sa volonté, même si, comme la gauche aujourd’hui, on « tient » à la fois l’Elysée, Matignon, l’Assemblée nationale, le Sénat et presque toutes les régions. Peut-être cette apparente omnipotence accentue-t-elle l’illusion selon laquelle il suffirait encore à un Etat, aussi impécunieux soit-il, de claquer des doigts pour agir et obtenir ? Cette illusion, PSA et Florange ont fini de la dissiper, aux antipodes de ce que l’on se croyait tenu de promettre il n’y a pas si longtemps, quand il s’agissait de se porter candidat à la candidature ou de gagner l’élection présidentielle.
Le plus gros danger qui pèse sur le gouvernement - celui-ci comme le précédent - nous fûmes servis, pendant cinq ans, jusqu’à l’indigestion - c’est le sentiment d’impuissance que ne dissipent ni les moulinets ni les imprécations. On croirait pour un peu - je m’adresse aux anciens - réentendre Pierre Dac et Francis Blanche : « Vous pouvez le faire ? Oui ! Il peut le faire, et on l’applaudit ! ». Si la menace de nationaliser Lakshmi Mittal - « arme de dissuasion massive », selon le ministre du Redressement productif - était réelle, pourquoi ne pas l’avoir énoncée dans le huis-clos d’une réunion, plutôt qu’à la « une » d’un quotidien économique ? Si l’accord finalement trouvé avec des gens présentés la veille encore comme des bandits de grand chemin était à ce point honorable, pourquoi avoir prudemment attendu que le « 20 heures » soit terminé pour l’annoncer sans en dévoiler une ligne ? Dans un cas comme dans l’autre : com’ et contre-com’, pour flatter l’opinion, fuir son regard ou faire diversion.
Nous sommes, hélas, moins loin qu’il n’y paraît de la pantalonnade UMP, car c’est la politique elle-même qui se trouve, encore un peu plus, rabaissée au niveau d’une bruyante figuration. Attention, car cette impuissance mortifère, de plus en plus mal dissimulée par l’enflure ou le parler tiède, conduit à la désespérance, au divorce et au mépris ! Nous ne sommes plus très loin du « Que se vayan todos ! » emprunté aux Argentins par Mélenchon. Et encore, s’il n’y avait que lui...
Prenons les ministres de l’économie successifs ; de droite comme de gauche, ils semblent ne plus être que des professionnels de l’optimisme, agents d’ambiance préposés au moral des troupes : depuis les « fondamentaux », invariablement « bons » jusqu’à la « croissance » qui « repart », en passant par la « consommation » qui « résiste », le « pouvoir d’achat » qui « augmente », le « chômage » qui « recule » - et quand il ne recule pas, c’est de la faute des autres - pour ne point parler des « bouts du tunnel », « clignotants au vert », « repreneurs fiables » et autres « plans B », quelle prise sur le réel ont-ils ? Qu’ont-ils à proposer ? Qu’attendent-ils pour écouter la société, réfléchir, imaginer, conceptualiser, proposer aux jeunes une vision de la France, du monde et de l’avenir ? Ils apprendraient que la vraie vie des gens est à la fois plus simple et plus complexe qu’une synthèse du Parti socialiste à quatre heures du matin. Étrange schizophrénie : eux qui, pour la plupart, twittent à longueur de journée, font toujours de la politique comme au milieu du siècle dernier et ne semblent pas s’apercevoir - sauf quand on y dit du bien d’eux - que pullulent depuis longtemps sur la toile réseaux sociaux, blogs, forums, chat rooms, débats citoyens.
Bien sûr, nous rêvons tous d’un pouvoir politique qui, sans se croire tenu de bomber le torse, reprendrait la main face aux multinationales carnivores et aux actionnaires cupides, qui ferait rendre gorge aux « patrons-voyous », au « néo-libéralisme » sans foi ni loi, aux aigrefins de la banque, aux forbans de la finance, aux forces obscures tapies dans des paradis fiscaux, aux Chinois, aux Qataris, que sais-je... Sauf que les Trente Glorieuses et le Commissariat au Plan sont loin, ils ne reviendront pas ; l’Etat ferait mieux de se reconcentrer modestement sur des missions à sa hauteur, comme celles - je parle de ce que je connais - dont il se défausse aujourd’hui sur les bénévoles, les associations 1901, les fondations à but humanitaire : accueillir, éduquer, soigner, protéger les plus faibles.
Au fond, peut-être n’étaient-ils pas sans fondement ni pertinence, cet « ordre juste » prôné par une Ségolène Royal bravant naguère le mépris des « éléphants », ou cette société du « care » qu’avait tentée de définir Martine Aubry - s’inspirant de Hume, d’Adam Smith, des féministes américaines et des « spin doctors » de Tony Blair - suscitant ricanements et soupirs apitoyés, un éditorialiste réputé lui décernant même un « grand prix de la nunucherie ». Dans un cas comme dans l’autre, il est vrai, ce n’étaient que des femmes.
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