jeudi 22 novembre 2012

"Mariage pour tous" : les choses sont pourtant simples !

Les religions sont légitimes en France. Elles ont le droit d’avoir une opinion sur quelque sujet que ce soit, mais on ne saurait admettre, dans une République dont l’un des piliers est la laïcité, qu’elles prétendent imposer leur point de vue en matière de mariage civil.
Mais, ne tombons pas dans le piège tendu par ces Tartuffes de toutes confessions. L’attaque que subit le mariage pour tous s’inscrit, en effet, dans une stratégie qui le dépasse : imposer et justifier la présence d’une parole religieuse au cœur d’un débat sociétal ; mettre sur le même plan l’instituteur et le curé. On sait quelles dérives expose cette confusion des genres là.
Cependant, l’attaque est aussi au service d’une tactique politicienne : faire passer pour des faveurs accordées à des minorités, des réformes courageusement menées au nom de la tolérance, de l’équité et de la dignité... pour tous.
Je n’ai pas d’objection à ce que le Premier ministre reçoive, avec déférence ou componction, évêques, imams et rabbins et à ce qu’il les écoute poliment. Pourvu que son gouvernement fasse ce qu’il a promis : proposer au Parlement le texte sur le mariage pour tous.

Pour tous, car les Droits de l’Homme, qui sont au fondement de notre République, sont universels ; ils prennent en compte, chez des êtres différents, ce qui les unit : la condition humaine. Autrement dit, l’extension d’un droit à ceux de nos concitoyens qui en sont privés s’inscrit aux antipodes du communautarisme, car c’est précisément en refusant que s’applique le droit commun à une partie de la population qu’on relègue celle-ci au rang de communauté. Et il est pour le moins paradoxal, au moment même où l’on convoque à tout bout de champ les valeurs de la laïcité afin de contenir les religions dans la sphère privée, qu’on commence par rassurer les évêques, les rabbins, les imams sur un sujet qui, osons le dire, ne les concerne pas !
Car, il s’agit ici d’un projet de loi de la République sur le mariage civil. Ce qui n’a rien à voir avec le débat de 1984 sur l’école privée, où une implication de l’Église dans la contestation d’une réforme touchant à l’organisation et au financement de ses établissements scolaires pouvait se concevoir ! Le mariage religieux n’a jamais été en cause, les églises pourront continuer à marier, ou à refuser de marier, qui elles veulent ! À contrario, si l’on peut en effet soutenir le mariage pour tous ou s’y opposer, on ne peut accepter l’idée qu’il appartiendrait aux églises, aux cultes, aux religions, de faire le tri entre ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas convoler en mairie ! D’autant moins que l’Église et l’État sont loin d’avoir les mêmes règles en matière de divorce et de remariage !

Les plus jeunes peinent à me croire, mais c’est le 27 juillet 1982 seulement que l’Assemblée nationale, à majorité socialiste, a voté la dépénalisation de l’homosexualité ! Classée jusque-là parmi les fléaux sociaux, au même titre que la toxicomanie ou l’alcoolisme, elle ne sera retirée de la liste des maladies mentales de l’OMS que neuf ans plus tard, en 1991. En trente ans, « malades » et « pervers » seront passés de l’ostracisme à la tolérance, de la reconnaissance à l’indifférence.
Les mentalités changent, les sociétés progressent, la loi évolue. Encore heureux ! Si tel n’était pas le cas, où en serions-nous du vote des femmes, du divorce, de l’IVG, de la contraception ? C’est dans le mieux-être quotidien qu’elles nous apportent – et non dans une ancienneté dont on ferait vertu – que les institutions trouvent leur justification.
L’instauration du Pacs, voté en 1999 sous le gouvernement Jospin, avait reconnu légalement le couple homosexuel, mais l’avait exclu du droit à l’adoption et à la famille. L’actuel projet de loi met fin à cette discrimination et assure une meilleure sécurité pour le conjoint ; il permettra de régulariser de nombreuses situations, incertaines et douloureuses. Il donnera une double filiation aux enfants qui ont un seul parent biologique et un parent « social ». C’est déjà le cas dans des pays aussi différents que la Suède, l’Espagne ou la Belgique.

Le plus étonnant des paradoxes n’est-il pas que le mariage, tombé en désuétude auprès de larges pans de la société hétérosexuelle, se trouve aujourd’hui réinvesti émotionnellement par les couples homosexuels ?
Voilà qui me fait penser à ce dessin montrant deux ecclésiastiques en train de manifester ; chacun brandit une pancarte, sur l’une: « à bas le mariage gay ! » ; sur l’autre : « vive le mariage triste ! ». Dédié aux quelques braillards imbéciles et brutaux qui se sont distingués de la façon que l’on sait, dimanche dernier, sur le pavé de Paris.

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