Attardons-nous moins sur l’affaire Depardieu que sur ce qu’elle dit de nous-mêmes.
C’est entendu : Gérard Depardieu doit beaucoup à la France, en premier lieu à la fiscalité nationale, au système de subventions qui permet la bienfaisante « exception culturelle » de notre cinéma, celui qui, entre tous en Europe et dans le monde, de très loin, est le plus et le mieux aidé fiscalement par l’Etat. A peine sorti du lumpenproletariat de Châteauroux, lorsqu’il n’était rien - ou pas grand-chose - Depardieu a sûrement profité, et son talent le justifiait, de l’avance sur recettes. Si l’on ajoute à cela le système, extrêmement généreux, de l’assurance-chômage des intermittents du spectacle, la France a fait gagner et économiser beaucoup d’argent à Depardieu ; lequel, en retour, au fil des années, a rapporté, autour de lui, beaucoup d’argent à beaucoup de gens. Et des emplois, des vrais.
Sans qu’il soit nécessaire, comme tout ce qui cabotine avec plus ou moins de légèreté et de désintéressement sur la place de Paris, d’abuser des effets de manche ou de plume, à l’instar de ceux qui trouvent surtout, grâce à « Gégé », l’occasion de faire parler d’eux-mêmes, on ne peut que désapprouver l’attitude d’un homme rendu à la caricature de soi. Maladroit plutôt que malhonnête, vaniteux et blessé, outrecuidant mais pourtant vulnérable, qui plus est, sarkozyste - mais cette faute de goût n’est pas un crime, que l’on sache - voilà qu’il semble redevenir à 64 ans, le jouisseur amoral des « Valseuses » de sa jeunesse pour qui tout s’achète et se vend, y compris les patries, jetables au gré de son intérêts ou de ses plaisirs. De la part de ce Danton, de ce Dantès, de ce Cyrano, de ce Jean Valjean qui n’auraient ainsi été qu’autant de rôles de composition grassement monnayés, on eût aimé plus de panache et d’altruisme !
C’est entendu : Gérard Depardieu doit beaucoup à la France, en premier lieu à la fiscalité nationale, au système de subventions qui permet la bienfaisante « exception culturelle » de notre cinéma, celui qui, entre tous en Europe et dans le monde, de très loin, est le plus et le mieux aidé fiscalement par l’Etat. A peine sorti du lumpenproletariat de Châteauroux, lorsqu’il n’était rien - ou pas grand-chose - Depardieu a sûrement profité, et son talent le justifiait, de l’avance sur recettes. Si l’on ajoute à cela le système, extrêmement généreux, de l’assurance-chômage des intermittents du spectacle, la France a fait gagner et économiser beaucoup d’argent à Depardieu ; lequel, en retour, au fil des années, a rapporté, autour de lui, beaucoup d’argent à beaucoup de gens. Et des emplois, des vrais.
Sans qu’il soit nécessaire, comme tout ce qui cabotine avec plus ou moins de légèreté et de désintéressement sur la place de Paris, d’abuser des effets de manche ou de plume, à l’instar de ceux qui trouvent surtout, grâce à « Gégé », l’occasion de faire parler d’eux-mêmes, on ne peut que désapprouver l’attitude d’un homme rendu à la caricature de soi. Maladroit plutôt que malhonnête, vaniteux et blessé, outrecuidant mais pourtant vulnérable, qui plus est, sarkozyste - mais cette faute de goût n’est pas un crime, que l’on sache - voilà qu’il semble redevenir à 64 ans, le jouisseur amoral des « Valseuses » de sa jeunesse pour qui tout s’achète et se vend, y compris les patries, jetables au gré de son intérêts ou de ses plaisirs. De la part de ce Danton, de ce Dantès, de ce Cyrano, de ce Jean Valjean qui n’auraient ainsi été qu’autant de rôles de composition grassement monnayés, on eût aimé plus de panache et d’altruisme !
Pour autant, on se gardera d’applaudir aux épithètes et mercuriales utilisées par le Premier ministre, puis par quelques membres du gouvernement, que l’on croyait a priori plutôt choisis pour agir sur le cours des choses que pour commenter les faiblesses d’un histrion boursouflé, pathétique, mais que l’on n’arrive pas à détester. Ceux qui, dans leur vie professionnelle, ont fréquenté les multinationales américaines - non, cher Arnaud Montebourg, je n’en fais pas des exemples à suivre - savent qu’il est d’usage de pratiquer à tout niveau des règles simples n’ayant, semble-t-il, point cours dans les plais nationaux : « are you contributing to the problem or to the solution ? » ou encore : « If you’ve got nothing to say, silence works. »
S’agissant de l’épisode Depardieu, qui est en lui-même de peu d’importance mais révélateur d’un malaise - indéniable, que cela plaise ou non - à propos de la fiscalité française, après la séquence Bernard Arnault ou celle des « pigeons », quiconque se frotte un peu aux réalités extra-hexagonales le sait : un tel « bras d’honneur » à l’Etat, monnaie courante là où ce dernier est faible, vacillant ou méprisé - Belgique, Italie - voire indigent ou inexistant - Grèce, Roumanie - relève en France du sacrilège. C’est pourquoi je souscris aux paroles d’apaisement et de rassemblement - habileté corrézienne ou sagesse élyséenne, peu m’importe - délivrées par le Président de la République, qui préfère rendre hommage à ceux qui paient beaucoup d’impôts en France, à des taux qui, pour être extrêmement élevés, le sont pourtant moins qu’aux USA au temps du New Deal. En 1932, avant que Roosevelt ne s’installe au pouvoir, le taux de l’impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches était de 25%. Le Président élu décida de le porter immédiatement à 63%, puis 79% en 1936, 91% en 1941, niveau qui s’appliqua jusqu’en 1964 ! Et le Secrétaire US au Trésor, Henry Morgenthau Jr., de déclarer en 1937 : « les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée. Trop de citoyens veulent la civilisation au rabais. » A méditer.
S’agissant de l’épisode Depardieu, qui est en lui-même de peu d’importance mais révélateur d’un malaise - indéniable, que cela plaise ou non - à propos de la fiscalité française, après la séquence Bernard Arnault ou celle des « pigeons », quiconque se frotte un peu aux réalités extra-hexagonales le sait : un tel « bras d’honneur » à l’Etat, monnaie courante là où ce dernier est faible, vacillant ou méprisé - Belgique, Italie - voire indigent ou inexistant - Grèce, Roumanie - relève en France du sacrilège. C’est pourquoi je souscris aux paroles d’apaisement et de rassemblement - habileté corrézienne ou sagesse élyséenne, peu m’importe - délivrées par le Président de la République, qui préfère rendre hommage à ceux qui paient beaucoup d’impôts en France, à des taux qui, pour être extrêmement élevés, le sont pourtant moins qu’aux USA au temps du New Deal. En 1932, avant que Roosevelt ne s’installe au pouvoir, le taux de l’impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches était de 25%. Le Président élu décida de le porter immédiatement à 63%, puis 79% en 1936, 91% en 1941, niveau qui s’appliqua jusqu’en 1964 ! Et le Secrétaire US au Trésor, Henry Morgenthau Jr., de déclarer en 1937 : « les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée. Trop de citoyens veulent la civilisation au rabais. » A méditer.
Au fond, l’anecdote Depardieu n’est peut-être pas si fâcheuse pour la gauche, du moins pour l’idée que je me fais de celle-ci. Pourquoi ?
Je me suis exprimée longuement, au cours des dernières semaines, sur le mariage pour tous et sur le vote des étrangers, en soutenant sans réserve l’un comme l’autre projet et en rappelant, dans ce dernier cas, le Chef de l’Etat à ses engagements de candidat. Or, on voit bien que la gauche, en ce moment, est en quête éperdue de marqueurs politiques autres que les débats sociétaux, qui, pour importants qu’ils soient, parlent peu à l’électorat populaire et semblent parfois agités comme autant de diversions, après les pas de clerc ou les rodomontades face à Mittal, à PSA, à Sanofi, à Petroplus. De ce point de vue, on le sait, l’égalitarisme et le bon vieux mot d’ordre de Georges Marchais, devenant lui aussi sa propre caricature - « faire payer les riches » - font encore florès.
Et voici justement qu’une quinzaine de députés et élus socialistes viennent d’écrire au Président de la République pour lui demander de modifier son cap, afin de répondre à « l'aspiration légitime des salariés et des ouvriers modestes à améliorer leurs conditions de vie matérielles ». « Salariés et ouvriers modestes » nombreux aujourd’hui, s’il faut en croire les enquêtes d’opinion, à se tourner vers le Front national.
« Le scepticisme croissant des couches populaires et moyennes... nous invite à hiérarchiser notre action, car elles attendent d'abord des réponses fortes sur le terrain du pouvoir d'achat et de l'emploi », disent-ils. « Si nous souscrivons à l'objectif de redressement des comptes publics et de la compétitivité de nos entreprises poursuivi par le gouvernement, nous pensons qu'il faut l'accompagner de la mise en place de la grande réforme fiscale annoncée par François Hollande pendant sa campagne », expliquent les signataires. Il s’agit, selon eux, de « restituer du pouvoir d'achat aux millions de salariés qui subissent la stagnation salariale et la difficulté croissante à boucler les fins de mois, à mettre de l'essence dans le réservoir, à payer le loyer ou les études des enfants ».
Voilà la plate, grise et terne vérité ; que Gérard Depardieu campe au-delà ou en-deçà de la frontière franco-belge n’y change rien. Le Ministre du travail, prompt à dénoncer dès dimanche dernier la « déchéance personnelle » du pachydermique exilé, a en même temps annoncé pour le premier janvier une revalorisation « juste et mesurée » du SMIC de... 3 centimes de l’heure. Indubitablement, pour être « mesuré », c’est mesuré, et le futur ex-Secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a pu à bon droit se demander comment il était possible, sérieusement, d’annoncer et de défendre une « hausse » de cet ordre. En juillet dernier, lorsque le même SMIC avait été augmenté de 2%, Jean-Luc Mélenchon avait parlé d’un gain équivalant à un carambar par jour. Cette fois, ce serait à peine le prix du papier ayant servi à l’emballer. Et les heureux bénéficiaires, eux, ne songeront pas à s’expatrier.
Je me suis exprimée longuement, au cours des dernières semaines, sur le mariage pour tous et sur le vote des étrangers, en soutenant sans réserve l’un comme l’autre projet et en rappelant, dans ce dernier cas, le Chef de l’Etat à ses engagements de candidat. Or, on voit bien que la gauche, en ce moment, est en quête éperdue de marqueurs politiques autres que les débats sociétaux, qui, pour importants qu’ils soient, parlent peu à l’électorat populaire et semblent parfois agités comme autant de diversions, après les pas de clerc ou les rodomontades face à Mittal, à PSA, à Sanofi, à Petroplus. De ce point de vue, on le sait, l’égalitarisme et le bon vieux mot d’ordre de Georges Marchais, devenant lui aussi sa propre caricature - « faire payer les riches » - font encore florès.
Et voici justement qu’une quinzaine de députés et élus socialistes viennent d’écrire au Président de la République pour lui demander de modifier son cap, afin de répondre à « l'aspiration légitime des salariés et des ouvriers modestes à améliorer leurs conditions de vie matérielles ». « Salariés et ouvriers modestes » nombreux aujourd’hui, s’il faut en croire les enquêtes d’opinion, à se tourner vers le Front national.
« Le scepticisme croissant des couches populaires et moyennes... nous invite à hiérarchiser notre action, car elles attendent d'abord des réponses fortes sur le terrain du pouvoir d'achat et de l'emploi », disent-ils. « Si nous souscrivons à l'objectif de redressement des comptes publics et de la compétitivité de nos entreprises poursuivi par le gouvernement, nous pensons qu'il faut l'accompagner de la mise en place de la grande réforme fiscale annoncée par François Hollande pendant sa campagne », expliquent les signataires. Il s’agit, selon eux, de « restituer du pouvoir d'achat aux millions de salariés qui subissent la stagnation salariale et la difficulté croissante à boucler les fins de mois, à mettre de l'essence dans le réservoir, à payer le loyer ou les études des enfants ».
Voilà la plate, grise et terne vérité ; que Gérard Depardieu campe au-delà ou en-deçà de la frontière franco-belge n’y change rien. Le Ministre du travail, prompt à dénoncer dès dimanche dernier la « déchéance personnelle » du pachydermique exilé, a en même temps annoncé pour le premier janvier une revalorisation « juste et mesurée » du SMIC de... 3 centimes de l’heure. Indubitablement, pour être « mesuré », c’est mesuré, et le futur ex-Secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a pu à bon droit se demander comment il était possible, sérieusement, d’annoncer et de défendre une « hausse » de cet ordre. En juillet dernier, lorsque le même SMIC avait été augmenté de 2%, Jean-Luc Mélenchon avait parlé d’un gain équivalant à un carambar par jour. Cette fois, ce serait à peine le prix du papier ayant servi à l’emballer. Et les heureux bénéficiaires, eux, ne songeront pas à s’expatrier.
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