« Ce petit bout de femme... » : les mots n’étant ni neutres ni innocents, voilà qui donne d’emblée une idée intéressante de la manière dont Mme Françoise Fressoz, dans son éditorial du « Monde » du 30 janvier dernier, perçoit la Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Christiane Taubira.
Le « petit bout de femme » aurait, selon la journaliste, commis une « bourde ».
Si j’ai bien compris, ladite « bourde » est une circulaire visant à régler le cas des « fantômes de la République », ces enfants conçus à l’étranger par gestation pour autrui et auxquels on refuse la nationalité française, alors qu’ils possèdent un parent français. Cette circulaire, qui demande aux tribunaux de ne plus refuser la délivrance de certificats de nationalité française au seul motif qu'ils concernent des enfants nés à l’étranger de mère porteuse, permet de sortir une quarantaine d’enfants, tout au plus, d’un no man’s land juridique.
En quoi la volonté de régler le problème connu et ancien de ces enfants, ne jouissant ni de reconnaissance ni de statut, est-elle une bourde ? Et qu’a donc à voir au juste le texte de cette circulaire avec le débat parlementaire sur le mariage pour tous ?
C’est pourtant cela qui a donné à l’opposition de droite l’occasion de prendre immédiatement une peu honorable revanche sur celle qui avait su, la veille, lui river son clou en même temps qu’elle soulevait d’enthousiasme la majorité.
En moins d’une demi-heure, Christiane Taubira, femme noire, issue d’un département d’outre-mer, avait balayé les doutes, la forme épousant le fond ; avec brio, elle était devenue le symbole d’un gouvernement qui, à la bonne heure, assumait ses choix : « Nous sommes fiers de ce que nous faisons ! » Je n’oublierai pas ces images de la ministre, à la tribune, parlant sans notes, sourire aux lèvres, main levée vers les vociférateurs du camp adverse. C’était la France des Lumières qui s’exprimait par sa voix, en un discours magistral que l’UMP Christian Jacob – arbitre des élégances et des éloquences quelque peu inattendu – aura cru pouvoir qualifier de « sans talent ».
« Qu’est-ce que le mariage homosexuel va enlever au mariage hétérosexuel ? », avait-elle lancé, poursuivant : « Nous parlons d’hypocrisie pour ceux qui refusent de voir ces familles homosexuelles et nous parlons d’égoïsme pour ceux qui s’imaginent qu’une institution de la République pourrait être réservée à une catégorie de citoyens » ; concluant à propos de la légitimité des couples du même sexe : « Vos enfants et vos petits-enfants les incluent déjà et vous serez bien mal à l’aise lorsqu’ils découvriront le compte-rendu de vos débats. »
Christiane Taubira doit à présent affronter la machine à mensonges et à falsifications de MM. Copé et Wauquiez, ce dernier ayant consacré 20 des 30 minutes de son intervention sur le mariage pour tous à la fameuse « circulaire » (que d’énergie, vraiment, que de véhémence, pour empêcher de devenir français 40 enfants qui n’en peuvent mais !). Personnellement, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un Garde des Sceaux attaqué aussi brutalement. La campagne de dénigrement et de désinformation dont la ministre est la cible de la part d’une droite malhonnête - et cela depuis les premières semaines de son installation Place Vendôme - n’est pas sans me rappeler certains moments du débat sur l’abolition de la peine de mort (mesure qui devait, selon certains précurseurs de l’UMP d’aujourd’hui, provoquer la décadence française et attirer sur le sol national les criminels de tout poil) ou sur celui sur l’interruption volontaire de grossesse, avec une Simone Veil au bord des larmes, ravalée par son propre camp au rang de faiseuse d’anges.
S’agissant de MM. Copé et Wauquiez, je m’interroge : pourquoi une telle médiocrité intellectuelle de la part de ces brillants sujets surdiplômés ? Pourquoi cet acharnement à blesser, à humilier ? Pourquoi ces mensonges ? « Votre circulaire c’est la porte ouverte aux mères porteuses et à une marchandisation des corps qui changera profondément notre société ! ». Allons, trêve de délires et de fantasmes !
Il se peut bien que Christiane Taubira soit dépourvue de sens tactique, au sens que lui donnent - j’en ai croisés plus qu’à mon tour - tant de politiciens professionnels, vieux crocodiles au cuir épais, calculateurs cyniques, manœuvriers de congrès ou d’assemblée. Est-ce une tare de défendre ses convictions avec franchise et sincérité ? Est-ce un crime de vouloir mettre fin à des situations inextricables, grevées de drames humains ?
Christiane Taubira place les valeurs républicaines au-dessus de toute considération égoïste ou mesquine ; comme elle a su se souvenir de Félix Eboué et de Gaston Monnerville ; la République retiendra son nom, quand elle aura sans doute oublié celui de ses contempteurs d’aujourd’hui. Restez comme vous êtes, Christiane Taubira ! Que cela plaise ou non, à droite, ou même à gauche ! Et continuez !
Le « petit bout de femme » aurait, selon la journaliste, commis une « bourde ».
Si j’ai bien compris, ladite « bourde » est une circulaire visant à régler le cas des « fantômes de la République », ces enfants conçus à l’étranger par gestation pour autrui et auxquels on refuse la nationalité française, alors qu’ils possèdent un parent français. Cette circulaire, qui demande aux tribunaux de ne plus refuser la délivrance de certificats de nationalité française au seul motif qu'ils concernent des enfants nés à l’étranger de mère porteuse, permet de sortir une quarantaine d’enfants, tout au plus, d’un no man’s land juridique.
En quoi la volonté de régler le problème connu et ancien de ces enfants, ne jouissant ni de reconnaissance ni de statut, est-elle une bourde ? Et qu’a donc à voir au juste le texte de cette circulaire avec le débat parlementaire sur le mariage pour tous ?
C’est pourtant cela qui a donné à l’opposition de droite l’occasion de prendre immédiatement une peu honorable revanche sur celle qui avait su, la veille, lui river son clou en même temps qu’elle soulevait d’enthousiasme la majorité.
En moins d’une demi-heure, Christiane Taubira, femme noire, issue d’un département d’outre-mer, avait balayé les doutes, la forme épousant le fond ; avec brio, elle était devenue le symbole d’un gouvernement qui, à la bonne heure, assumait ses choix : « Nous sommes fiers de ce que nous faisons ! » Je n’oublierai pas ces images de la ministre, à la tribune, parlant sans notes, sourire aux lèvres, main levée vers les vociférateurs du camp adverse. C’était la France des Lumières qui s’exprimait par sa voix, en un discours magistral que l’UMP Christian Jacob – arbitre des élégances et des éloquences quelque peu inattendu – aura cru pouvoir qualifier de « sans talent ».
« Qu’est-ce que le mariage homosexuel va enlever au mariage hétérosexuel ? », avait-elle lancé, poursuivant : « Nous parlons d’hypocrisie pour ceux qui refusent de voir ces familles homosexuelles et nous parlons d’égoïsme pour ceux qui s’imaginent qu’une institution de la République pourrait être réservée à une catégorie de citoyens » ; concluant à propos de la légitimité des couples du même sexe : « Vos enfants et vos petits-enfants les incluent déjà et vous serez bien mal à l’aise lorsqu’ils découvriront le compte-rendu de vos débats. »
Christiane Taubira doit à présent affronter la machine à mensonges et à falsifications de MM. Copé et Wauquiez, ce dernier ayant consacré 20 des 30 minutes de son intervention sur le mariage pour tous à la fameuse « circulaire » (que d’énergie, vraiment, que de véhémence, pour empêcher de devenir français 40 enfants qui n’en peuvent mais !). Personnellement, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un Garde des Sceaux attaqué aussi brutalement. La campagne de dénigrement et de désinformation dont la ministre est la cible de la part d’une droite malhonnête - et cela depuis les premières semaines de son installation Place Vendôme - n’est pas sans me rappeler certains moments du débat sur l’abolition de la peine de mort (mesure qui devait, selon certains précurseurs de l’UMP d’aujourd’hui, provoquer la décadence française et attirer sur le sol national les criminels de tout poil) ou sur celui sur l’interruption volontaire de grossesse, avec une Simone Veil au bord des larmes, ravalée par son propre camp au rang de faiseuse d’anges.
S’agissant de MM. Copé et Wauquiez, je m’interroge : pourquoi une telle médiocrité intellectuelle de la part de ces brillants sujets surdiplômés ? Pourquoi cet acharnement à blesser, à humilier ? Pourquoi ces mensonges ? « Votre circulaire c’est la porte ouverte aux mères porteuses et à une marchandisation des corps qui changera profondément notre société ! ». Allons, trêve de délires et de fantasmes !
Il se peut bien que Christiane Taubira soit dépourvue de sens tactique, au sens que lui donnent - j’en ai croisés plus qu’à mon tour - tant de politiciens professionnels, vieux crocodiles au cuir épais, calculateurs cyniques, manœuvriers de congrès ou d’assemblée. Est-ce une tare de défendre ses convictions avec franchise et sincérité ? Est-ce un crime de vouloir mettre fin à des situations inextricables, grevées de drames humains ?
Christiane Taubira place les valeurs républicaines au-dessus de toute considération égoïste ou mesquine ; comme elle a su se souvenir de Félix Eboué et de Gaston Monnerville ; la République retiendra son nom, quand elle aura sans doute oublié celui de ses contempteurs d’aujourd’hui. Restez comme vous êtes, Christiane Taubira ! Que cela plaise ou non, à droite, ou même à gauche ! Et continuez !